L'expérience de soi Les mots de l'âme

Pragya

31 juillet 2018
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Le changement n’est jamais douloureux. Seule la résistance au changement est douloureuse.

C’est un sentiment étrange que d’être entre-deux… De ne plus tout à fait reconnaître la personne qui se tient là devant le miroir, ne pas savoir quel sera le reflet futur que j’y verrai. Mais tout ça n’a pas d’importance en réalité. Demain, n’existe pas encore et mon esprit ne devrait même pas encore y songer. Il ne devrait pas essayer de jouer aux devinettes ni se laisser séduire par les promesses d’un futur proche qu’il aime s’imaginer à sa manière. Il devrait se contenter d’être là. Simplement. De voir les choses telles qu’elles sont. Au présent, là maintenant.

En sanskrit, on appelle ça Vipassanā (विपश्यना). « Ce qui est », ou encore « vue profonde ». Cette technique de méditation aide à aller voir à l’intérieur de soi pour atteindre un état de pacification mentale, de sérénité, d’équanimité…
Et c’est dans les montagnes népalaises que je vais vivre cette aventure hors du temps. Une retraite de 10 jours pendant laquelle je ne vais plus parler, plus écrire, plus lire ni même regarder dans les yeux les personnes qui m’entourent. Je vais méditer près de 15 heures par jour et contempler.

Contempler ce qui est. Observer les vérités qui se révèlent à moi, reconnaître l’impermanence des choses, l’illusion, le détachement, le vide. Cette quête de sérénité s’apparente pour moi à la notion de non-attachement, de non résistance. Je voudrais apprendre à maîtriser mon mental, à ne plus laisser le flot incessant de pensées asservir mon esprit et le condamner à une vision limitée de toutes les choses que je vis. Je voudrais être en paix.

Alors je m’en vais.
Je m’en vais rencontrer mon âme d’encore plus près, me rencontrer moi sans les pièges de ma personnalité, sans distractions ni interactions.
Je m’en vais soigner mon esprit. Remplacer les mauvaises herbes par de nouvelles graines qui deviendront des fleurs puis des trésors. Je vais apprendre à cultiver les pensées positives et la maîtrise de soi.
Cette retraite sera la « dernière aventure » de ce voyage, mais je le sais, la première du reste de ma vie.

En réalité rien ne se termine, tout (re)commence.

Cette fin est un nouveau commencement. Une main tendue à ma spiritualité, un baume sucré pour m’apaiser.

J’ai du mal à mettre des mots sur ce que je vis maintenant. Les émotions qui m’habitent se bousculent un peu. Je me sens fragile, nerveuse et pourtant chanceuse. Je trépigne d’impatience et je voudrais arrêter le temps. Le voir se contorsionner, ralentir juste pour moi, le temps que je me souvienne, le temps de vivre ces derniers instants de ma vie. Je sais que je vais muer, changer de peau, me libérer de mes souffrances passées, renaître dans un nouveau corps, un nouvel esprit. Je ne saurais pas dire pourquoi, je le sais, c’est tout.
J’ai cette émotion particulière qui me fait ralentir, sentir le poids du silence autour de moi, mais ce n’est pas pesant, c’est intimidant.

Depuis que je suis arrivée au Népal, tout est un peu différent, troublant. J’ai perdu le contrôle de mon corps. Je peux à peine marcher, je manque de souffle et lutte un peu pour ne pas m’effondrer. Je suis épuisée, j’ai le coeur à l’envers.
Dans ce temple hier, j’ai manqué de tomber. Mon corps s’est mit à trembler, à se tremper de sueur… et cette sensation de mes mains endolories et ma tête qui cognait fort fort comme un marteau… Je n’ai rien pu faire quand les vertiges se sont emparés de moi et que les larmes se sont mises à rouler d’un coup sur mon visage. Je ne sais pas d’où ça vient. Je ne comprends pas encore le sens. C’est un petit peu trop tôt.

Le temps d’un sanglot, le temps de fendre l’armure.

Mais je crois qu’il se passe quelque chose., que je me purifie. Je crois que je suis déjà venue ici. Que je suis à la bonne place, que mon chemin prend sens. Alors j’observe, et j’accepte. Je profite de ces dernières heures en tête à tête avec cette version de moi que je m’apprête à quitter. Je veux prendre le temps de lui dire merci. Merci de m’avoir emmenée jusqu’ici. Merci de m’avoir guidée sans jamais me laisser tomber.

J’ai beaucoup de respect à cet instant et ressens une gratitude immense pour tout ce qui est. Je pense à toutes ces âmes qui illuminent mon chemin, à toutes ces connexions, à tout cet amour qui ne meurt jamais. Et puis il y a tous ces guides qui se présentent à moi et m’encouragent d’ouvrir mon coeur à la vérité.

Comme Shakya, mon hôte népalais, sage bouddhiste qui passe des heures à me parler, à me guider, à me transmettre son savoir, sa joie, son bonheur sans limites. Il est libéré. Il est lui. Conscient, sage. En me regardant hier, il a décidé de me rebaptiser. Comme s’il savait que je ne me reconnaissais plus tout à fait, que je m’apprêtais à changer, à me retrouver…

Pragya (प्रज्ञ), la plus haute forme de sagesse, au delà de la connaissance et de la compréhension.
J’ai souris, je me suis sentie bénie. Je porterai ce prénom au coeur.
Et quand je lui ai dit que Clémence voulait dire le « pardon » et la « compassion », il a sourit à son tour et m’a dit : « Wisdom and compassion, as in Buddha’s eyes. You’re very lucky. »

Oui, je le suis…

Avec amour,

Clémence

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